Dans ma pratique, je rencontre très souvent des patients qui arrivent avec la même phrase : « Je prends juste un petit anxiolytique de temps en temps. »
En creusant un peu, la réalité est souvent différente. Le « de temps en temps » est devenu un demi-comprimé tous les soirs. Parfois depuis plusieurs mois. Parfois depuis plusieurs années. Et très souvent, la prescription initiale remonte à une période difficile : une séparation, un burn-out, un deuil, une période d’insomnie ou une crise d’angoisse.
L’utilité des anxiolytiques
Au départ, le médicament a joué son rôle. Il a permis de tenir, de traverser un moment compliqué. Et il faut le dire clairement : dans certaines situations, les anxiolytiques sont utiles et parfois indispensables.
Lors d’une crise d’angoisse aiguë, par exemple, quand la personne a l’impression de perdre le contrôle. Lors d’un épisode de stress intense. Ou dans certaines phases de souffrance psychique où l’angoisse devient envahissante. Dans ces moments-là, ces médicaments peuvent agir comme une béquille temporaire qui aide à passer un cap.
Le problème n’est donc pas leur existence. Le problème est leur installation dans la durée.
Quand on s’habitue « trop » à sa béquille
Dans la réalité du terrain, je constate souvent le même scénario. Le traitement est prescrit pour quelques semaines, puis renouvelé. Parfois par le médecin habituel, parfois par un remplaçant. Et petit à petit, sans véritable réévaluation, le médicament s’installe dans la routine.
Certaines personnes finissent même par développer une forme d’automédication. Le comprimé devient la réponse réflexe au stress, à l’insomnie ou à l’anxiété. Comme si le cerveau avait appris qu’il ne pouvait plus se calmer seul.
Or les anxiolytiques — en particulier les benzodiazépines comme le Xanax, le Lexomil ou le Temesta — ne sont pas conçus pour être pris au long cours.
Avec le temps, plusieurs phénomènes apparaissent.
D’abord la tolérance. Le médicament agit moins bien et certaines personnes ressentent le besoin d’augmenter la dose pour retrouver le même effet.
Ensuite les effets secondaires. Beaucoup de patients me décrivent une fatigue persistante, des difficultés de concentration, une impression de « brouillard mental ». Certains me disent ne plus réussir à lire longtemps ou à se concentrer sur des tâches simples.
Paradoxalement, ces médicaments peuvent aussi entretenir l’anxiété. Le cerveau s’habitue à recevoir une aide chimique pour se calmer et devient moins capable de réguler seul le stress. Lorsque la personne essaie d’arrêter, une anxiété de rebond peut apparaître.
Un véritable cercle vicieux peut alors s’installer : plus on prend le médicament, plus il devient difficile de s’en passer.
C’est pour cette raison que les recommandations médicales insistent sur une utilisation limitée dans le temps et sur une réévaluation régulière.
Dans beaucoup de situations que je rencontre en consultation, l’anxiété est en réalité le symptôme d’autre chose : un stress chronique, une surcharge mentale, une période de transition, une fatigue émotionnelle importante.
Le médicament apaise le symptôme, mais il ne règle pas la cause.
Comment l’hypnose peut aider à réguler autrement
C’est là qu’un accompagnement psychologique peut devenir précieux. Comprendre ce qui se joue, apprendre à réguler l’anxiété autrement, retrouver des ressources internes pour se calmer sans avoir besoin d’un comprimé.
Dans ce contexte, l’hypnose peut être une approche complémentaire intéressante. Elle permet souvent de travailler sur l’agitation mentale, les ruminations et l’hypervigilance qui entretiennent l’anxiété. Elle aide aussi certaines personnes à redécouvrir une capacité naturelle de détente qu’elles avaient peu à peu perdue.
Bien sûr, l’hypnose ne remplace pas un suivi médical et un arrêt de traitement doit toujours être encadré par un médecin. Mais elle peut accompagner le processus et aider à sortir progressivement de la dépendance psychologique au médicament.
Les anxiolytiques peuvent être une aide précieuse dans certains moments de la vie. Mais ils ne devraient jamais devenir une solution automatique.
Car l’objectif n’est pas seulement de faire taire l’angoisse. C’est aussi de redonner au cerveau la capacité de retrouver son calme par lui-même.

